France, Afrique, une histoire pavée de crimes…

Au début du XXème siècle, la France affirmait avec insolence et arrogance que le soleil ne se couchait jamais sur le drapeau français. Jolie manière pour dire que ses armées avaient occupé d’immenses territoires d’un bout à l’autre de la planète.

L’Afrique fut, il y a deux-cent mille ans, le berceau de notre humanité. Depuis 4 siècles, elle est envahie, pillée et muselée par les pays européens. De la mise en esclavage industriel, appelé commerce triangulaire, à la découpe du continent entre Néerlandais, Allemands, Anglais, Belges, Français, Portugais, Italiens et Espagnols, les Africaines et Africains ont subi l’avènement du monde moderne avec une violence inouïe, jusqu’aux décolonisations qui ne furent pas, exemptes de crimes, surtout dans le contexte de ce que l’on a appelé, « La Françafrique ».

En Europe, lors des années trente, on a assisté à des bouleversements politiques et sociaux et au développement d’une puissance criminelle en Allemagne : le parti nazi. Devant la volonté des voyous à la croix gammée de dominer le monde, la France et ses alliés entrent en guerre. En juin 1940, les forces de la Wehrmacht envahissent la France, les nazis défilent sur les Champs Elysées, l’extrême droite française se réjouit de cette « divine surprise ». Pétain prend la direction du pays et entame la collaboration avec Hitler. Mais, répondant à l’appel du 18 juin, se lève une autre France. Le Comité de libération nationale souhaite mobiliser l’ensemble de l’empire pour la libération du pays. Et, sans la contribution essentielle de l’Afrique et de ses populations, la France n’aurait jamais pu s’asseoir à la table des vainqueurs.

Issu de la lutte antinazie, composé notamment de John Petters Humphrey et René Cassin et présidé par Eleonor Roosevelt, un comité propose aux Nations unies une « Déclaration universelle des droits de l’Homme ». Ce document est adopté le 10 décembre 1948 par l’Assemblée générale de l’Organisation des nations unies (ONU), réunie au Palais Chaillot à Paris. C’est la première fois qu’un texte à vocation universelle reconnaît des droits inhérents à la personne humaine, quelque soit son origine, son genre, son lieu de vie et son niveau social : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité » (art.1).

Les idéaux portés par la résistance ont contaminé les territoires sous domination française.

Pourtant, cet esprit de fraternité a rapidement été mis à l’épreuve. Pendant que les autorités militaires allemandes signaient leur capitulation à Berlin face aux alliés, dont la France, des Algériens se réunissent à Sétif, le 8 mai 1945, pour fêter l’effondrement des nazis. Des drapeaux algériens et des pancartes réclamant l’indépendance sont brandis par la foule. Un policier tire et tue celui qui portait le drapeau. La foule manifeste sa colère, des Français sont frappés. L’armée intervient et des massacres sont commis. Les soldats ratissent la région du Constantinois et de la Kabylie orientale.

L’armée assassine à Sétif, Annaba-Bône, à Melbou et Béjaïa, à Constantine, Guelma et Kherrata. La répression impitoyable aboutit à plusieurs dizaines de milliers de morts. La responsabilité de ce massacre est portée par le premier gouvernement de la libération, composé de toutes les tendances de la Résistance, sous la présidence du Général de Gaulle, de Charles Tillon (communiste) à Pierre Mendes-France, de François Billoux à René Pléven.

En 1947, c’est face au soulèvement malgache que l’armée s’est dressée avec une violence criminelle inouïe. On parle de près de 100.000 morts sur l’île de Madagascar ! Aujourd’hui encore, cette insurrection et les crimes qui l’ont écrasée sont commémorés par un jour de deuil national, chaque 29 mars.

La France ne tiendra pas les promesses de la résistance aux peuples colonisés. Dès le début des années 1950 elle développe sa guerre contre les forces indépendantistes en Indochine, jusqu’à Diên Biên Phu, le 7 mai 1954, où l’armée française subit une cuisante défaite et aux accords de Genève en juillet 1954.

Après cette date, les USA prennent la succession de la lutte contre les peuples d’Indochine. Le 1er novembre 1954, c’est la Toussaint rouge en Algérie. La lutte de libération dure sept ans, les gouvernements successifs mobilisent même le contingent. Ce sera une sale guerre, avec tortures, viols et tueries de masse. Le gouvernement algérien évoque un million de morts.

Pour tenter de stériliser les luttes d’indépendance, la France concocte un projet d’Union française sous les auspices de laquelle des indépendances sont octroyées aux pays sous domination coloniale. Elle impose un système monétaire, avec le franc CFA (franc des Colonies françaises d’Afrique devenu aujourd’hui le franc de la Communauté financière africaine) et des hommes qui lui sont favorables à la tête des Etats. Sékou Touré, de la Guinée Conakry, qui refuse se système se verra imposer des mesures très agressives contre l’économie de son pays. Modibo Keïta qui veut lui aussi donner une autre direction à la politique du Mali sera destitué et arrêté par Moussa Traoré avec le soutien de la France.

Au Cameroun, il existe un fort mouvement indépendantiste organisé dans l’Union des populations du Cameroun (UPC). A l’indépendance, Jacques Foccart, de sinistre mémoire, installe un gouvernement fantoche présidé par Ahmadou Ahidjo. A partir de ce moment, en finir avec l’UPC devient la priorité de la France et de sa marionnette. De véritables massacres en seront la sinistre conséquence.

Mongo Béti, auteur du livre, interdit en France sous Pompidou : « Main basse sur le Cameroun »

Le gouvernement de Charles de Gaulle envoie cinq bataillons d’infanteries commandés par le général Max Briand, vétéran des guerres d’Indochine et d’Algérie, surnommé « le Viking », ainsi qu’un escadron d’hélicoptères et de chasseurs bombardiers. Ce sont les Bamilikés qui paieront la plus grosse note de cette guerre avec près de cent mille morts.

Aux Comores, après le référendum d’indépendance, un gouvernement est mis en place le 3 août 1975. Ali Soilihi Mtsachiya devient le chef d’Etat le 3 janvier 1976. Il tente une politique progressiste et différente de celle voulue par la France. Le Barbouze français, Bob Dénard, le renverse pour le remplacer par Ahmed Abdallah. Ali Soilihi est assassiné le 29 mai 1978. L’utilisation par la France d’une organisation clandestine et criminelle comme la « Main rouge » ou de barbouzes comme Bob Dénard ou le Capitaine Barril est une pratique courante. On retrouvera d’ailleurs Bob Dénard et le Capitaine Barril au Rwanda, au service du gouvernement français, aux côtés des génocideurs, en 1994.

La méthode de la France est toujours à l’œuvre, comme on l’a vu au Burkina Faso, où le Chef de l’Etat, Thomas Sankara, mettant en place une politique dont ne voulait pas la France a été assassiné le 15 octobre 1987 à Ouagadougou.

Son armée est partout et intervient à volonté de la Libye à la Côte d’ivoire en passant par les Congo. Elle impose ou tente d’imposer ses hommes de pailles à la tête des Etats. On a pu le constater lors des dernières élections au Gabon qui ont donné la majorité à Jean Ping et c’est Ali Bongo Ondimba (fils et successeur d’Omar Bongo) qui est resté à la tête du pays avec l’aval de la France.

Pour en finir avec cette politique et ces méthodes il faut la vérité et la justice, c’est indispensable pour permettre aux peuples de renouer des rapports tenant compte de l’histoire et préparant l’avenir.

Notre humanité est aujourd’hui confrontée à des échéances qui pourraient remettre en cause sa pérennité. Il faut une gouvernance mondiale, des mesures fortes et universelles. Pour que cela soit possible, nos peuples doivent trouver la voie de la collaboration fraternelle, c’est l’enjeu de la confrontation avec la vérité et du choix de la justice.

« Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. » (Martin Luther-King)

Marseille, le 28 janvier 2019

Jacques Soncin

 

Information – Réunion à Marseille, au MUCEM

Le 31 janvier 2019, de 18h à minuit, « Marseille en commun » organise avec le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem), dans le cadre de la nuit des idées, une soirée sur le thème : Résistances africaines / Mémoire partagée et vivante des libérations – Sortir de l’oubli.

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Trois livres : Mai 68 à Marseille

Par Jacques Soncin

50 ans après mai 68, pour la première fois, enfin, on s’intéresse à l’histoire ou au moins aux événements de cette période ouverte par mai 68 dans la cité phocéenne… Nous assistons à une floraison de livres, de réunions, de colloques pour parler d’une période que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître. Les bateleurs de la droite, qui voulaient déjà en finir avec 1936 puis avec le Conseil national de la Résistance déversent des tonnes de mots pour expliquer que Mai 68 est aussi à l’origine de tous leurs maux.

Mai 68, le fond de l’air est chaud…

Il y avait une ambiance bien différente à cette époque. Les résistants à l’infamie nazie étaient encore jeunes et nombreux. La vieille France coloniale venait d’essuyer deux défaites cinglantes : l’Indochine puis l’Algérie. Plus de cent mille rapatriés s’étaient établis à Marseille à partir de 1962. Lors des accords d’Evian, la France avait demandé à l’Algérie l’envoi de centaines de milliers de travailleurs, qui avaient été installés dans les conditions les plus précaires, souvent en bidonvilles, dans les quartiers périphériques.

Et puis il y avait aussi l’état du monde.

Les Etats-Unis avaient pris le relais de la France au Vietnam mais, malgré les bombardements incessants et criminels, la résistance ne faiblissait pas et Ho Chi Minh leur donnait des cauchemars. En revanche, une véritable levée d’un mouvement antiguerre avait vu le jour et prenait les rues des principales villes américaines. Toujours outre-Atlantique, la lutte pour l’égalité des droits et contre la ségrégation avait gagné en puissance, et l’assassinat, le 4 avril 1968 à Memphis, du pasteur Martin Luther King, prix Nobel de la paix, souleva alors une indignation universelle. Partout dans le monde, la jeunesse est à l’assaut du ciel : au Japon, l’organisation étudiante Zengakuren s’en prend aux intérêts américains, en Chine les Gardes rouges au cœur d’une révolution culturelle, mènent la vie dure aux barons du parti communiste chinois, en Afrique du Sud la lutte contre l’apartheid secoue violemment le système et l’emprisonnement de Nelson Mandela en 1962 ne fait que renforcer la révolte et la colère. Au Mozambique, en Guinée Bissau, en Angola, les peuples combattent pour en finir avec le colonialisme portugais. En Amérique du sud, toutes les dictatures imposées par le grand voisin du nord sont confrontées à une violente opposition. Figure emblématique, Che Guevara vient de disparaître, exécuté par l’armée bolivienne le 9 octobre 1967. Les pays du bloc soviétique ne sont pas épargnés par cette contestation : La dissidence en Urss, les mouvements populaires en Hongrie, en Pologne et surtout en Tchécoslovaquie, avec le Printemps de Prague. La jeunesse européenne est elle aussi en ébullition : de la République fédérale d’Allemagne, où Rudi Dutschke, est victime d’un attentat le 11 avril 1968, à l’Italie où les étudiants n’en finissent pas de manifester. Dans la péninsule ibérique, les rescapés de la période hitlérienne, Franco et Salazar sentent que la fin de leur régime est proche.

En mai 68, à Marseille comme ailleurs, la jeunesse rêvait de changer le monde. Et, parmi elle, les militantes et les militants étaient les plus à l’affut des événements.

De nombreux livres sont déjà parus, nationalement, sur Mai 68, ses leaders, ses rêves, ses impasses, ses dérives. Mais ils se centrent presque exclusivement sur l’intelligentsia parisienne. Pour la première fois quelques auteurs ont choisi d’étudier et de relater le mai marseillais.

Marseille en mai 68 et les années de rêves.

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Sébastien Barles, un militant écolo qui fut, quelques années, élu municipal, souhaitait étudier ce mouvement qu’il n’avait pu connaître, étant né en 1973. Ce docteur en droit public ne nous assène pas une lourde monographie. Après discussion avec quelques « anciens combattants », il a déterminé 9 grands témoins parmi celles et ceux qui avaient joué un rôle en mai et après mai, auxquels se sont ajoutés quelques autres au cours de son enquête, puis il a défini plusieurs thématiques judicieusement choisies. Si sa qualité d’écriture est incontestable, il a retranscrit fidèlement les paroles de ces témoins en les articulant et en les mettant en perspective. Ses propres commentaires restent toujours en aparté sans remettre en cause les propos tenus. Les thématiques correspondent effectivement aux réalités de notre ville et du mouvement qui s’y est déroulé. Le cocktail ainsi obtenu donne une bonne idée non seulement de ce qui s’est passé dans ce qu’on appelle les « années 68 » mais en évoque même l’ambiance. Parce qu’il est clair, parce qu’il peut être lu aisément et parce qu’il sonne juste, c’est un livre à conseiller à celles et ceux qui souhaitent plonger dans ce moment de l’histoire de notre ville.

Les éditions Timbuctu – 17 € – 166 pages

 

Marseille années 68

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Avec ce livre de 600 pages, on est dans une autre catégorie. Publié à « Sciences Po les presses », avec le concours du Pôle de recherche national Lives, il est écrit sous la direction d’Olivier Fillieule, professeur de Sociologie politique à l’Université de Lausanne et Isabelle Sommier professeur de sociologie politique à l’université Panthéon-Sorbonne (Paris-1) avec le concours de quatre universitaires : Rachida Brahim, Laure Fleury, Lucie Bargel et Charles Berthonneau.

L’ouvrage se présente en couverture par une superbe photo de manifestation. On pense d’emblée, au vu du titre, qu’il s’agit d’une photo de 1968. En fait, c’est un cliché de Pierre Ciot, pris lors de la manifestation des ouvrières de la navale CGT sur la Canebière, le 20 juillet 1978… Cet anachronisme, non signalé, évoque, dès l’ouverture, une certaine liberté avec la réalité.

Ce livre fera date. Il y a un vrai travail avec de réelles pépites. Les auteurs ont entendu, hélas pas nécessairement écouté, de nombreux témoins, ont épluché diverses archives, hélas en apportant une confiance exagérée à celles venant de la police, ils ont couvert diverses thématiques et il sera incontestablement un ouvrage de référence pour toutes celles et tous ceux qui voudront s’intéresser aux années 68 dans notre métropole méditerranéenne.

J’y apporterai, à titre d’acteur de cette époque et aussi parce que j’ai fait partie des personnes interrogées, quelques précisions :

1 – Dans la partie sur la lutte contre le racisme, l’auteur de cette section n’a que très peu insisté sur l’extrême-droite, OAS, Méridional, groupes fascistes, qui étaient pourtant à l’origine directe ou indirecte de la totalité des attentats et crimes qui ont endeuillé notre cité. On n’a pas mis en lumière les liens profonds et militants qui s’étaient établis entre les organisations issues de l’immigration, les réseaux militants antifascistes et les organismes humanitaires. Le Mouvement des travailleurs arabes (MTA) est présenté avec des erreurs manifestes d’appartenance à telle ou telle organisation. La grève contre le racisme appelée par le MTA et ses conséquences sont sous-évaluées. L’existence de groupes d’appui à l’extrême droite au sein de la police de l’époque n’est pas évoquée.

2 – En ce qui concerne le mouvement étudiant, si ce qui s’est passé dans les facultés de sciences et à Aix est assez bien présenté, la question de la faculté de médecine est largement occultée. La Timone est l’une des seules facultés de France, avec Assas à Paris, à avoir été occupée par l’extrême droite. Très rapidement après 1968, un nouveau doyen, proche de l’Action française, est nommé, Henri Roux. Dès 1969, les étudiants en médecine, en défiance avec l’Unef, créent le Comité de lutte médecine qui se fixe pour but de mettre fin à la domination des fascistes sur la faculté, de mener le combat pour une médecine au service du peuple et de soulever la question de l’avortement. En quatre ans, le Comité de lutte parvient à faire tomber la Corpo et à faire démissionner le doyen Roux, gagne la bataille des reçus-collés contre le numérus clausus, dont on se rend compte aujourd’hui des conséquences néfastes pour la santé publique, et lance avec succès la bataille pour la libéralisation de l’avortement. Plusieurs étudiants pratiquent des IVG avant la loi et certains importent à Marseille la méthode Karman. Nous n’en trouvons que très peu de traces dans cet ouvrage.

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3 – Enfin on peut constater une certaine subjectivité, pour ne pas dire plus, dans le traitement des personnes interrogées. Que les auteurs n’aient que peu tenu compte de leurs propos allant même jusqu’à les déformer, c’est déjà désagréable et ça induit une certaine méfiance sur le reste. Mais que ces universitaires décident que certains puissent parler à visage découvert et que d’autres soient arbitrairement confinés dans l’anonymat d’un pseudonyme bidon relève incontestablement d’une certaine malhonnêteté.

En conclusion, ce livre riche, ardu, sur lequel les auteurs ont travaillé pendant plusieurs années, sans sous-estimer son importance et sa valeur, ne me semble pas avoir atteint tout ce qu’on pouvait en attendre et c’est dommage, surtout venant d’une équipe aussi diplômée.

Marseille années 68 – SciencesPo Les presses – 25 €

La France des années 1968

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Dernière présentation de cette trilogie, cet ouvrage peut sembler hors contexte puisqu’il traite de mai 1968 dans sa généralité. Véritable encyclopédie, il s’agit d’un document essentiel et très fourni concernant cette période. Dans ces conditions il ne peut qu’éclairer ce que fut la réalité marseillaise.

900 pages, 77 auteurs, 84 articles, il balaie tous les aspects de cette période.

Publié en 2008 pour le quarantième anniversaire de mai 68, sa rédaction a été coordonnée par Antoine Artous, docteur en science politique, Didier Espaztain et Patrick Silberstein, co-fondateur de Ras l’front et des éditions Syllepse.

Les thématiques abordées sont extrêmement diverses, en voici quelques exemples : Sous la plage, la grève (Jacques Kergoat), Anarchismes (Stéphane Moulain), Avortement (Maud Gelly), Che Guevara (Janette Habel), Comité de soldats (Patrick Le Tréhondat), La question Corse (Paul Alliès), Dom Tom (Gilbert Pago), Féminisme (Josette Trat), Immigrés (Gérard Prévost et Aïssa Kadri), Justice (Evelyne Sire-Marin), La Société du spectacle (Daniel Bensaïd), Mai rampant en Italie (Cinzia Arruzia), Pays de l’Est (Catherine Samary), Polar post-soixante-huitard (Elfriede Müller), Prisons (Jean Bérard), Psychiatrie (Pascal Boissel), Radios pirates (Jacques Soncin).

La France des années 1968 – Editions Sylepse – février 2008 – 30 €

16 ET 17 JUILLET 1942 : LA RAFLE DU VEL D’HIV ET LE SIEGE DE STALINGRAD

Le Président Macron, 75 ans après la rafle du Vel d’Hiv, a organisé une grande manifestation pour commémorer l’un des forfaits les plus ignobles de l’Etat français. Mais si ce crime est révélateur de ce que sont les classes dirigeantes de notre pays, il nous instruit aussi sur la manière dont on édulcore le processus qui a conduit à sa réalisation ainsi que sur l’impunité dont ont bénéficié ceux qui, à des titres divers, ont permis cette horreur.

En 1942 et depuis Montoire où Pétain s’était engagé dans une politique de collaboration avec les nazis, soutenue par l’essentiel de l’Etat français (Police, justice, administration, industrie et même clergé…), une grande partie de « l’élite » pense qu’Hitler peut gagner et attend qu’il « nous débarrasse du bolchévisme », c’est-à-dire, à cette époque, de l’Union Soviétique.

Montoire

La plupart des politiques et des hauts fonctionnaires sont dans une entreprise de séduction de l’occupant, il s’agit de lui montrer qu’on est loyal, qu’on en rajoute sur ses crimes et, parmi eux, il y a ceux qui partagent peu ou prou l’idéologie nazie et ceux qui veulent seulement conserver leur place ou en gagner une meilleure.

Et c’est ainsi que des gens comme René Bousquet, Jean Legay ou Victor Barthélémy (cet ancien communiste, proche de Doriot, à la tête de sa milice, a participé à la rafle en tant que supplétif de la police française. Plus tard, en 1973, il fondera le Front national avec JM Le Pen et il en sera le secrétaire général) vont mettre toute leur énergie pour contribuer à cette ignominie. René Bousquet, secrétaire général de la Police de Vichy, proposera même aux Allemands, qui lui demandaient d’arrêter tous les Juifs de plus de quinze ans, de baisser la barre à deux ans pour cette rafle du Vel d’Hiv. Il a aussi mis la police française à disposition pour diligenter les arrestations. Et la police française a réalisé ce sale boulot sans manifester beaucoup d’état d’âme.

Rappelons aussi que François Mitterrand, qui devient l’ami de Bousquet pendant la collaboration, est au service de Vichy où il travaille au Commissariat au reclassement des prisonniers de guerre. Mission qui lui vaudra, sous le parrainage de deux anciens de la Cagoule (groupe d’extrême droite, adepte des coups de force, actif à l’époque du front populaire), d’être décoré de la plus haute distinction de ce régime : la Francisque.

A la même époque, les Allemands avaient décidé de déclencher l’opération Barbarossa. Tous les réactionnaires du monde, y compris le Pape, souhaitaient qu’Hitler détruise l’URSS. Les Soviétiques, surpris par cette offensive, en contradiction avec le pacte germano-soviétique qu’ils avaient signé avec les nazis en 1939 sur le corps de la Pologne, se reprennent après une avancée fulgurante des troupes allemandes et de leurs alliés roumains, italiens, hongrois et croates. Le 17 juillet 1942, le jour de la rafle, l’armée allemande et ses alliés arrivent aux portes de Stalingrad. Et en quelques mois tout va s’inverser. Les Allemands sont confrontés à une résistance héroïque et désespérée qui les bloque dans la ville. Plus les semaines passent et plus leurs difficultés s’accroissent. L’hiver venant, la situation devient impossible et le 2 février 1943, après avoir perdu 400.000 soldats, les Allemands se rendent. 91.000 sont alors fait prisonniers par les soviétiques dont 2.500 officiers. Quant au Maréchal Friedrich Paulus, le plus haut gradé de la Wehrmacht, il a été le premier capturé, le 31 janvier, et il va très rapidement accepter de collaborer avec les  services de Staline. 800.000 soviétiques, dont de nombreux civils, ont laissé leur vie dans les combats de Stalingrad. La machine soviétique se met alors en marche vers l’Allemagne et plus rien ne va l’arrêter.

Ce jour-là tout le monde comprend qu’Hitler a perdu la guerre et la seule question encore en suspens c’est de savoir quelle armée, américaine ou soviétique, arrivera en premier à Berlin. A partir de février 1943 la résistance va se gonfler de tous les collabos opportunistes : Mitterrand et Bousquet en sont, chacun dans sa catégorie, de significatives illustrations. Les services rendus à la Résistance depuis  ce moment-là leur permettront d’assurer leur défense pour les lendemains de la libération.

Et, effectivement, de nombreux collabos, pourtant de premier plan, comme Bousquet, passeront au travers des mailles du filet de l’épuration parce qu’ils ont su très vite se mettre du bon côté, après avoir fait le même choix, quelques années plus tôt, au service de Pétain. Il faudra attendre des décennies pour que des comptes soient demandés à Touvier, à Papon (responsable de la déportation de centaines de Juifs, dont de nombreux enfants, sous Pétain, en tant que secrétaire général de la préfecture de Bordeaux et qui, 20 ans plus tard, préfet de Police de Paris, le 17 octobre 1961, organise le massacre d’une manifestation de travailleurs algériens dans la capitale) ou à Bousquet. Ce dernier a pu mener une lucrative carrière à la Banque d’Indochine. De ce poste, il a assuré le financement des campagnes présidentielles de Mitterrand en 1965 contre de Gaulle et en 1974 contre Giscard d’Estaing. Il a aussi pris la direction de la Dépêche du Midi en 1959.

Lorsque l’heure des comptes arrive, notamment après les révélations de Serge Klarsfeld, à la fin des années 1980, sur son rôle dans la rafle du Vel d’Hiv, son ami Mitterrand est alors président de la République. Il fait tout son possible, avec l’aide de son ministre de la justice, Georges Kiejman, pour éviter le procès, qui pourrait aussi l’éclabousser.

Et alors que la possibilité d’une action judiciaire se précise, le 8 juin 1993, il est assassiné par Christian Didier, présenté comme un déséquilibré. Et le dernier procès tenable concernant Bousquet sera celui de son assassin, condamné à dix ans de prison en 1995 et qui n’en fera que cinq…

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Quant à Mitterrand il passe pour la figure emblématique de la gauche après avoir milité dans sa jeunesse dans les rangs de la Cagoule, travaillé pour le régime de Vichy et avoir été décoré de la Francisque, avoir combattu le peuple algérien (« l’Algérie c’est la France, la seule négociation c’est la guerre »). Après son arrivée au pouvoir en 1981, il a écrit à la Haute autorité pour ouvrir les portes des grandes chaînes de télévision à JM Le Pen, ce qui permettra au Front de la haine (dont Victor Barthélémy était le secrétaire général quelques années plus tôt) de s’inscrire durablement dans le champ politique français. Président de la République, il a fait fleurir chaque année la tombe du Maréchal Pétain. Il a donné l’appui de la France à la première guerre contre l’Irak, qui a déstabilisé toute la région pour des décennies. Et il a fini sa présidence en apportant sa complicité aux génocideurs rwandais. Ce qui est clair, c’est qu’il est bien représentatif d’une certaine France, mais pas de celle qu’on aime le plus !

La France n’a jamais vraiment réglé la question du comportement de son appareil d’Etat dans cette période et la multiplication des commémorations, des déclarations grandiloquentes et des leçons d’histoire à géométrie variable ne constituent en réalité que la manifestation de ce profond malaise français.

Joyeuse, le 17 juillet 2017

Jacques Soncin

LA GUERRE DES ONDES

Le 28 juin 1944, après plusieurs jours de planques et de repérages, un commando dirigé par Morlot s’engouffre vers 6h du matin dans le n°10 de la rue de Solférino à Paris. Morlot et l’un de ses camarades pénètrent brutalement dans la chambre ou dort un couple. Réveillée, la femme hurle, l’homme panique. Les coups de feu claquent, il est touché. Morlot s’avance et lui inflige le coup de grâce. Ainsi est mort Philippe Henriot, secrétaire d’Etat à l’information et à la propagande du gouvernement Laval, sous Pétain. Après cette action, les miliciens se déchaînent pour retrouver les responsables : arrestations, tortures, représailles. Mais ils ne remonteront jamais jusqu’à Morlot.

Qui est Morlot ?

Morlot est le pseudonyme de Charles Gonard, un résistant intrépide et courageux. Quelques jours avant l’exécution d’Henriot, il a organisé l’évasion de Jean-Pierre Lévy, responsable du mouvement Franc-tireur, un des chefs de file du Conseil national de la résistance. Dès 1941, après la débâcle, dégoûté par le pétainisme, après avoir essayé en vain de rejoindre Londres, Charles Gonard, qui n’a pas encore vingt ans, s’engage contre l’occupant. Envoyé dans le sud de la France, il multiplie les actions contre les Allemands et leurs collabos à Marseille et Nice : sabotages, exécutions de traîtres, attaques contre la milice. En février 1944, il intègre à Paris le Comité d’action militaire (COMAC) et à seulement 23 ans, il forme les groupes francs des FFI et il réorganise la structure du réseau malmené par la répression. Son groupe composé professionnellement d’experts et de praticiens de la clandestinité, détruit les fichiers du STO et liquide des membres français de la Gestapo (Geheime Staatspolizei). Une fois la France libérée, Charles Gonard a mené une vie une vie « normale », il a dirigé la compagnie chérifienne des textiles au Maroc et il a élevé plusieurs enfants… Il s’est éteint le 12 juin 2016 à Vence, dans les Alpes Maritimes, à l’âge de 95 ans.

Philippe Henriot

Philippe Henriot, né en 1889, est issu d’une famille catholique, de droite et antisémite. Il fait ses études à l’Institut catholique de Paris. Il est nommé professeur de lettres dans le privé. Par la suite il prend la direction du journal de l’Action catholique à Bordeaux. Il entamera une carrière d’activiste politique d’extrême-droite en participant aux manifestations des Croix de feu, qui ont menacé la République. Dans l’entre-deux-guerres, Henriot est germanophobe et belliqueux envers l’Allemagne. Mais l’arrivée d’Hitler au pouvoir le radoucit et il devient partisan de l’entente avec l’Allemagne. Au moment de la débâcle, il est député. Dès 1940, le défilé de troupes nazies à Paris, pour lui, comme pour le reste de l’extrême-droite, constitue une « divine surprise ». Il se rallie à Pétain. Très rapidement, il devient la voix du régime de Vichy. Deux fois par jour, sur Radio Vichy ou sur Radio Paris, il vitupère contre la résistance, la France-libre, le Général de Gaulle, les communistes. On l’entend partout en France sur les ondes de Radio Paris. La Radio de la résistance, au micro de la BBC, lui répond et une espèce de guerre des ondes s’instaure ainsi pendant cette période.

Pierre DAC

André Issaac, alias Pierre Dac, est un humoriste, né en 1893. Il s’engage dès le début dans la résistance. Sa chaleur, son intelligence et son humour feront des ravages sur la Radio de la Résistance. C’est lui qui a mis au point la  la ritournelle : « Radio Paris ment, Radio Paris ment, Radio Paris est allemand« , que tout le monde connaît et parfois fredonne à cette époque. Un échange entre les deux hommes donne une idée de ce qu’était le versant radiophonique de la guerre impitoyable entre collabos et résistants.

Tout commence lorsque Pierre Dac, avec sa causticité imparable, raille un discours de Philippe Henriot depuis l’antenne londonienne. Ce dernier réplique ainsi, le 10 mai 1944, au micro de Radio Paris :

« Assurément, personne n’est obligé de se rendre à mes arguments et tout le monde a le droit d’ironiser sur ce que je dis (…) Mais où nous atteignons les cimes du comique, c’est quand notre Dac prend la défense de la France. Vraiment les loufoqueries de l’Os à moelle ne m’ont pas toujours fait rire, mais le juif Dac s’attendrissant sur la France, c’est d’une si énorme cocasserie qu’on voit bien qu’il ne l’a pas fait exprès. Qu’est-ce qu’Isaac, fils de Salomon peut bien connaître de la France, à part la scène de l‘ABC où il s’employait à abêtir un auditoire qui se pâmait à l’écoute ? Et il faut vraiment qu’on soit bien à court d’avocats chez vos patrons pour être tombé de Bénazet en Isaac et s’être résigné à accepter comme porte-parole un homme dont le pseudonyme fait un bruit de chute qui apparaît déjà comme un présage… » (Editoriaux de P. Henriot, fascicule n°12)

La réponse de Pierre Dac au micro de la BBC est cinglante et sans appel :

« Puisque vous avez si obligeamment cité au cours de votre laïus me concernant, les noms et prénoms de mon père et de ma mère, laissez-moi vous dire que vous en avez oublié un, celui de mon frère. Si d’aventure vos pas vous conduisent du côté du cimetière Montparnasse, entrez par la porte de la rue Froidevaux, tournez à gauche dans l’allée et à la sixième rangée, arrêtez-vous devant la dixième tombe. C’est là que reposent les restes de celui qui fut un beau, brave et joyeux garçon fauché par un obus allemand, le 8 octobre 1915, aux attaques de Champagne. C’était mon frère. Sur la modeste pierre tombale, sous ses noms et prénoms et le numéro de son régiment, on lit cette simple inscription : Mort pour la France à l’âge de 28 ans. Voilà Monsieur Henriot, je le répète, ce que signifie pour moi la France. Sur votre tombe, si toutefois vous en avez une, il y aura aussi une inscription. Elle sera ainsi libellée : Philippe Henriot mort pour Hitler, fusillé par les Français. Bonne nuit, Monsieur Henriot. Et dormez bien… si vous le pouvez ». (Cité par Hervé le Boterf, la vie parisienne sous l’occupation, tome II France-Empire, 1975)

La prophétie de Pierre Dac se réalisera moins de deux mois plus tard. Evidemment, on ne peut pas comprendre la violence de ces échanges radiophoniques si on oublie les crimes terribles d’Hitler et de ses complices, la Gestapo, les tortures, les déportations, les camps de concentrations, les chambres à gaz, ces crimes qui ont fait pendant toute la durée de la guerre presque 50 millions de morts sur toute la planète… Après la guerre, Pierre Dac reprend son activité d’humoriste. Son duo avec Francis Blanche remportera un véritable succès et sa popularité ne faiblira pas jusqu’à sa mort, le 9 février 1975.

A l’époque, la radio n’a que quelques dizaines d’années d’existence, pourtant ce média a déjà pris une importance considérable dans la vie des populations. Tout le monde, dans ces années là, colle son oreille au récepteur pour écouter les voix crachotantes et parasitées de la BBC ou celles tonitruantes et claires de Radio Paris. Les puissances financières et politiques convoitent déjà ce puissant moyen de communication pour influer sur les peuples et les opinions publiques. Hitler et Goebbels ont su l’utiliser à leur profit pour compléter le dispositif qui a mis le peuple allemand à leur botte. Mais ce poids du média n’était qu’un début et il va se développer, surtout avec l’apparition de nouveaux moyens, jusqu’à aujourd’hui…

Marseille, le 28 juin 2017

Jacques Soncin

R A S S E M B L E M E N T, pour un projet écologique et social

La victoire remportée par Benoît Hamon, lors du premier tour des primaires de la « Belle alliance populaire », est porteuse d’espoir. Les diverses télés ont invité le soir du vote les intervenants aussi inévitables qu’habituels pour tenter d’enlever toute dimension à ce résultat. En réalité, on sait qu’il existe dans notre pays une véritable force de l’opinion écologiste. En 2008, Europe Ecologie les Verts s’était imposé lors des élections européennes, atteignant des scores considérables, passant même devant la droite ou le PS. Depuis, hélas, à cause du jeu politicien des dirigeant(e)s et élu(e)s, l’impression donnée à nos concitoyens que tous les compromis étaient possibles pour obtenir ou conserver une place et l’attitude publique de plus en plus illisible des Placé, Duflot, Baupin, Pompili, De Rugy, Cosse et quelques autres ont totalement discrédité le parti écologiste dans l’opinion. Pourtant, il y avait la place, il y avait l’urgence, pour développer un parti qui concilie les impératifs de l’environnement, les nécessités du social et les obligations découlant de notre société métissée et multiculturelle. L’oubli de ces éléments a été fatal à ce mouvement, à tel point que Yannick, Jadot aujourd’hui, n’est même pas sûr d’être en mesure de se présenter.

L’affermissement du régime de Poutine, la victoire de Trump aux Etats-Unis, les pesanteurs en France de ces deux pôles, les dangers sur les pays du Levant, la rupture que cela implique avec les résultats des diverses COP et politiques de l’environnement viennent jeter une ombre particulièrement inquiétante sur l’avenir de notre planète.

La victoire de Hamon nous montre bien que ce n’est pas l’écologie qui est discréditée. Les gens ont voté pour un candidat qui proposait de réconcilier le social et l’environnement et qui, pour ce faire, énonçait les mesures adéquates.

Peut-on faire confiance en Hamon ? Je n’en sais rien.

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Je pense seulement que le pire n’est jamais sûr. Il ne tient qu’à nous de relever le gant. Nous savons tous que le principal n’est pas la place d’un quelconque dirigeant. Aujourd’hui, l’enjeu, le vrai enjeu, c’est le rassemblement de toutes celles et ceux qui veulent une alternative à la politique de Hollande, qui refusent la casse terrifiante programmée par Fillon et qui veulent surtout éviter la nouvelle aventure proposée par l’extrême droite, qui, dans le passé, n’a su que multiplier les désastres, livrer la France aux pires criminels et développer les idées les plus nuisibles.

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Alors oui, le résultat de ce premier tour de la primaire est une bonne nouvelle s’il a pour conséquence de réunir toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans ces valeurs et ce projet.

Il faut amplifier la victoire dès dimanche prochain pour donner le maximum de force à ce projet, et faire en sorte que Benoît Hamon devienne effectivement le candidat choisi par la primaire.

Dans un tel contexte, le rôle de Yannick Jadot, candidat élu d’Europe Ecologie, sera alors de prendre à bras le corps la bataille du rassemblement, plutôt que de courir après des signatures qui, s’il les trouvait, ne feraient qu’ajouter une division de plus sur le front de la défaite.

Mais si jamais c’est le tout à l’égo qui l’emporte, et que trois quatre ou plus candidats de gauche entrent dans la compétition aux présidentielles, on aura inévitablement la prolifération de l’abstention et, finalement, la victoire du pire.

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Mort entre les mains des gendarmes

Le 19 juillet dernier, Adama Traoré fête son 24ème anniversaire. Il se promène à Beaumont-sur-Oise avec son frère, Baguy. Soudain, les gendarmes de Persan interpellent Baguy Traoré, dans le cadre d’une enquête pour « Extorsion de fonds ». Adama, qui n’a pas ses papiers sur lui, prend peur et tente de s’enfuir. Ils le rattrapent, l’interpellent à son tour et le conduisent à la gendarmerie, alors qu’il est étranger à l’affaire. Que s’est-il passé dans le véhicule puis à la gendarmerie ? Les fonctionnaires prétendent qu’il a fait un malaise et qu’ils ont appelé les pompiers. Le frère d’Adama affirme qu’il l’a vu sur le sol de la gendarmerie, frappé à la tête et qu’un gendarme avait du sang sur sa chemise. Il dit aussi qu’il n’a pas vu les pompiers. C’est seulement dans la nuit que les autorités annonceront la mort d’Adama à sa famille. Evidemment un tel événement soulève une immense émotion, notamment dans la population de Beaumont-sur-Oise, où résident la victime et sa famille. Manifestation, voitures brûlées, gaz lacrymogène… Le scénario habituel face aux violences policières. Quant aux plus hautes autorités du pays, habituellement si promptes à manifester leur compassion, elles gardent un silence étrange : ni condoléances à la famille, ni dénonciation d’une violence injuste qui a ôté la vie à un jeune homme, même pas la promesse que toute la lumière sera faite ! Du côté de l’Etat, seul, le défenseur des droits, Jacques Toubon, exige que toute la vérité soit établie dans cette affaire.

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Adama Traoré

Une première expertise, commandée par Yves Jannier, procureur de la République de Pontoise, délivre ses conclusions : Adama serait mort des suites d’un syndrome asphyxique déclenché par une grave infection touchant les poumons, le foie et la trachée et d’une pathologie cardiaque pour laquelle il peut n’y avoir aucun signe avant-coureur. Hawa, la sœur jumelle d’Adama, s’insurge et n’en croit pas un mot : son frère était en excellente santé, ce qui est d’ailleurs confirmé par tous ses proches. Le procureur accepte alors une deuxième expertise. Celle-ci réaffirme le syndrome asphyxique mais dément la maladie cardiaque et la grave infection. Elle estime néanmoins qu’il n’y a pas de traces de violences graves. Pourtant, devant l’Inspection des services, les fonctionnaires responsables de l’arrestation d’Adama ont reconnu être tombés à trois sur lui pour le maîtriser.

Dans ces conditions, l’avocat de la famille a demandé une troisième autopsie. Elle vient d’être refusée par le procureur.

La famille a publié un communiqué disant qu’elle espère que les analyses en cours permettront d’identifier les mécanismes qui ont conduit à cette asphyxie et que l’enquête fera toute la lumière sur cette affaire.

« Il ne faut pas que la mobilisation s’essouffle. C’est important que les gens continuent à réclamer avec nous vérité et justice pour Adama. C’est tombé sur notre quartier, sur notre frère, mais ça aurait pu toucher bien d’autres familles… et ça en a déjà touché plusieurs d’ailleurs ; des familles avec lesquelles nous sommes en contact et dont l’expérience nous a beaucoup aidés. Faut qu’on soit ensemble », précise Assa Troré, autre sœur d’Adama.

La famille a d’autant plus besoin de soutien que, ces derniers jours, plusieurs menaces de mort ont été envoyées à leur domicile. Une plainte a été déposée.

Le traitement de cette affaire par les autorités de notre pays interpelle la conscience collective. Il s’agit de la mort d’un jeune homme. Il était entre les mains des forces de l’ordre. Celles-ci sont censées respecter les droits et assurer la sécurité des citoyens. Il est donc évident que la responsabilité de l’Etat, qui dirige les services de police et de gendarmerie, est totalement engagée. Le silence, l’absence d’empathie, dans un contexte où ministres et Président se précipitent d’une commémoration à l’autre est choquante. Assurer la cohésion sociale, essentielle à la lutte contre les dangers qui nous menacent tous, implique que l’Etat traite tous les citoyens de la même manière. Ce n’est évidemment pas le cas pour Adama Traoré, quel que soit le résultat des expertises en cours et le niveau de responsabilité des gendarmes dans la mort d’Adama.

Pourquoi tant de violences à Marseille ?

Depuis deux jours, nous assistons à un déchaînement de violence dans le centre de Marseille. Samedi 11 juin, sur le Cours d’Estienne d’Orves, un supporter anglais, a été frappé à coups de barre de fer. Il est actuellement entre la vie et la mort dans un hôpital marseillais. Ce sont principalement des hooligans anglais et des nervis russes qui s’affrontent.

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Ces gens, habitués des rixes, ne viennent pas pour le foot mais pour le combat de rue. Militants d’extrême droite, ce sont des adorateurs de la violence pour la violence et ils sont là pour ça. Ils sont connus en Angleterre et en Russie. Notre police, si forte pour arrêter des familles venues pour chercher refuge face à la guerre dans leur pays, est soudain incompétente pour empêcher quelques fascistes d’entrer dans notre pays.

Bizarrement, les médias qui utilisent si facilement des termes généralisateurs quand il s’agit du terrorisme, sont singulièrement silencieux sur l’origine de ces groupes. On entend et on lit très rarement la mention d’extrême droite les concernant. D’ailleurs, on a connu la même « discrétion » concernant un terroriste d’extrême droite récemment arrêté en Ukraine alors qu’il embarquait de grande quantité d’armes et d’explosifs pour, selon les autorités, organiser une vingtaine d’attentats en France…

Deuxième grand responsable, l’alcool ! Comment est-il possible et admissible qu’on n’ait pris aucune mesure pour limiter la fourniture et la consommation d’alcool qui est le principal carburant de ces violences ! A Marseille, on a vu des camions livrer des centaines de litres de bières aux abords des Fan Zones. Il est vrai que ça rapporte un max de saouler les supporters et c’est une vraie tradition de notre pays…

Enfin ce gouvernement, par toutes les trahisons de ses promesses, de la déchéance à la loi travail, par l’incroyable politique anti sociale mise en œuvre, par la rupture du dialogue social, a placé notre pays dans un dangereux état de fragilité. Il espérait, par cette politique de Panem et circenses (alcool et foot conviendraient mieux), redorer son blason, remonter le moral du pays et se mettre en meilleure position pour affronter les mois à venir. Ce faisant, il a pris un très grand risque. Espérons que ces violences ne dégénèreront pas et ne pousseront pas la France dans le gouffre !

D’autant que le terrorisme est toujours menaçant et que nous avons l’impression que le fragile équilibre social de notre pays est en sursis sur un baril de poudre !

Décryptage : Comment entretenir l’incendie raciste et islamophobe…

Le samedi 16 avril 2016, Montreux, en Suisse, organise sa Fight Night dans la grande salle du Casino. Ce sont les championnats d’arts martiaux mixtes (MMA). Les participants y déclinent les combats. Le Français, d’origine Tchéchène, Magomed GUEKHAIEV, est le grand gagnant de ces matchs. Il s’avance vers le micro est crie à trois reprises « ALLAHOU AKBAR ! », c’est-à-dire « Dieu est grand », dans la langue de Molière. Ensuite, toujours en arabe, il remercie ses amis et lance au public, « Que la paix soit avec vous ». Pas de quoi faire une crise d’hypertension ! Pourtant, le journal 20 Minutes, s’appuyant sur les dires de « témoins », affirme qu’il a dédié sa victoire à Mohamed Merah et à Salah Abdelsam. Le témoin en question, qui l’a entendu parler de ses « frères de Toulouse », estime qu’il s’agit de Merah ! L’article et la rumeur se répandent de manière virale sur le Net : un champion français fait l’apologie du terrorisme ! L’inévitable Gilbert Collard, député FN, répercute et légitime évidemment la rumeur par tweet, concluant, c’est le chaos. La bulle du ragot grossit ainsi jusqu’à ce que le Monde publie la vidéo de l’événement : On l’entend bien invoquer Dieu, il remercie ses amis de Toulouse, sans aucune référence au terrorisme, quand à Salah Abdelsam, il s’agirait simplement d’une confusion du témoin.

L’organisateur de la Fight Nigt défend son champion et conclut ainsi cet épisode : « Si un énergumène tatoué de croix gammées confond « Al salamou Alaycoum » (que la paix soit avec vous) avec les prénoms de deux terroristes, on ne peut rien y faire ».

Certes, 20 minutes est revenu sur son premier article et a remis les pendules à l’heure, mais le mal est fait…

Décidément, la bête immonde travaille sérieusement et patiemment les tripes de notre société malade !

La déchéance, 5 bonnes raisons d’être contre…

Après les attentats de janvier 2015 et ceux du 13 novembre, le Président de la République et son premier ministre ont tenté « l’union nationale ». Après le 13 novembre, comme en janvier 2015, il semblait que c’était plutôt réussi. Les assassins ont été mis hors d’état de nuire en quelques jours. La politique au Moyen Orient a été réorientée plus directement contre Daesh. Et personne dans l’opposition ne s’est avisé de le critiquer sérieusement. Il a même joué le jeu de la concertation avec toutes les forces politiques. Alors qu’il avait bénéficié d’une remontée spectaculaire dans les sondages et après avoir rencontré les différents partis, François Hollande a estimé qu’il fallait prendre une mesure « FNocompatible ». Il aurait pu proposer le rétablissement de la peine de mort pour les terroristes, ce qui aurait permis de ne faire aucune distinction d’origine entre les criminels. Mais finalement, il a choisi une option qui, dans sa tête, y ressemblait : la mort citoyenne, la déchéance de la nationalité, réclamée à cor et à cris par les héritiers de la milice pétainiste et, depuis le discours de Grenoble, par la droite sarkoziste. Mais les accords internationaux interdisent aux lois nationales de produire des apatrides. Voilà pourquoi François Hollande et Manuel Valls ont préféré cette formule : déchéance de la nationalité pour les binationaux condamnés pour crimes terroristes. Pourtant, en juillet 2010, ils avaient tous deux dénoncé avec énergie et conviction la proposition de déchéance faite par Nicolas Sarkozy au cours de son discours de Grenoble, au motif qu’elle était complètement en contradiction avec les valeurs de la République.

Ce faisant, le duo a effectivement pris la décision qui remet le plus en cause le système de valeurs de la république. Voici 5 raisons pour être contre la déchéance de la nationalité pour les binationaux coupables de crimes de terrorisme

1-      Inutilité totale dans la lutte contre les terroristes

Les terroristes se vivent comme partie prenante d’une sorte de guerre de civilisation, dans laquelle ils seraient les soldats de « Dieu ». Ils sont prêts à tout pour réaliser leurs objectifs criminels. La plupart sont voués au suicide sous la forme des Kamikazes. Dans ce contexte, la question de leur nationalité n’a pour eux strictement aucune importance. Elle ne réfrènera pas leur énergie criminelle d’un point de vue préventif et encore moins comme menace punitive. Enfin, en ce qui concerne son impact très concret, lorsqu’on décide d’appliquer cette mesure à l’issue de la peine infligée lors d’un procès pour crimes terroristes, on comprend que la déchéance n’interviendra pas avant au moins trente ans. Que restera-t-il de Daesh et de ce terrorisme-là dans quelques dizaines d’années ? Prenons le cas des attentats de l’année 2015. Presque tous les terroristes ont été tués ou se sont fait sauter eux-mêmes. Parmi ceux qui vont éventuellement passer en procès, il n’y aurait pas plus d’un binational. Compte tenu de l’horreur des crimes commis, il en aurait au moins pour trente ans de prison. Cette question de déchéance ne se poserait donc que pour une seule personne et pas avant 2046… On est dans l’enfumage, dans la mesure ultra-symbolique. Lorsque le Front national s’en réjouit, ce n’est pas pour saluer son efficacité mais parce qu’elle fait sauter un verrou et qu’il espère bien être en position d’en élargir à l’infini son champ d’application. Par cette modification constitutionnelle, François Hollande pourrait ainsi ouvrir la voie à la politique des anciens terroristes de l’OAS. Et c’est la seule conséquence et l’immense risque d’une telle modification de la Constitution.

2-      Une mesure insultante pour les Etats partenaires de la France

Comme on le sait, les lois internationales, ratifiées par la France, interdisent de créer des apatrides. Il ne s’agit donc pas d’enlever la nationalité aux terroristes mais de leur ôter une nationalité. On va donc dire, en parlant d’un terroriste qui, par exemple, est franco-canadien, que désormais il n’est que canadien. Il est né en France, il a été élevé en France, il a suivi sa scolarité en France, il a commis ses crimes en France, il a été jugé en France, il a effectué sa peine en France et on va le renvoyer au Canada en disant « reprenez-le, il est à vous ! ». Ils ne méritent pas d’être français nous martèlent les défenseurs de la déchéance. Mais en revanche, ils méritent d’être Algériens, Canadiens où Maliens ? Dans la mesure où la France a signé un accord sur le refus de créer des apatrides, un tel argument est à la fois hypocrite et profondément malhonnête. C’est insultant pour les pays en question, et c’est irresponsable. Ce n’est pas au terroriste qu’on inflige une peine, lui s’en fout colossalement, c’est à un Etat, souvent ami, qu’on fait une mauvaise manière.

3-      Le risque de rétorsion

Si cette mesure est décidée, elle va sans doute susciter la colère dans quelques chancelleries et provoquer l’adoption de mesures de rétorsion. Que vont faire l’Algérie, le Maroc ou la Tunisie pour ne citer que ces pays-là ? Ils peuvent très bien décider la déchéance de la nationalité pour les binationaux, dont l’autre nationalité serait française et qui auraient commis crimes ou délits dans ces pays. Si en France, vu le projet de texte proposé à la modification constitutionnelle la déchéance ne risque pas d’être effective avant le milieu du 21ème siècle, on risque fort de voir arriver immédiatement ou presque des dizaines de délinquants criminels ou terroristes de divers pays, choqués par la décision de la France. Et d’ailleurs une telle mesure est déjà évoquée dans la presse de certains d’entre eux. Belle réussite, en vérité !

4-      La rupture de l’égalité des Français devant la loi

Totalement inutile sur le plan de la lutte antiterroriste, cette décision de déchéance de la nationalité pour les binationaux seulement est en revanche terriblement chargée du point de vue symbolique. Elle remet en cause l’article 1 du préambule de la Constitution de notre pays (Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, adoptée en 1793). Seul Pétain et son Etat Français, qui ne s’appelait plus République, avait massivement utilisé la déchéance de la nationalité, faisant leur le mot d’ordre de l’extrême droite : « Juifs, pas français ! ». Il y a une certaine hypocrisie, ou irresponsabilité ou crétinisme de la part du gouvernement à nous répéter qu’il n’y a pas rupture d’égalité puisque cette mesure ne sera appliquée qu’aux terroristes. Mais à partir du moment où une loi destinée à sanctionner des crimes s’applique seulement en fonction de l’origine de l’individu concerné, il y a rupture de l’égalité de tous devant la loi. Et, en réalité, elle ne sera praticable que lorsqu’elle sera élargie, comme le prévoit le Front national. C’est donc bien, pour reprendre les termes de Florian Philippot, un verrou qu’on fait sauter.

Ce texte rend donc incontestablement caduc l’article 1 du préambule de la Constitution :

 « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales. »

Il remet en cause l’article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme :

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ».

 Enfin, il contredit l’article 20 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne :

« Égalité en droit : Toutes les personnes sont égales en droit ».

Ajoutons qu’il faudra retirer « l’Egalité » de la devise de la France : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Hollande va-t-il infliger à la France la devise de l’Etat Français de Philippe Pétain : « Travail, famille, Patrie » ?

Ces trois textes sont les piliers des valeurs défendues par notre République. Le premier constitue le préambule de notre constitution, le second a été adopté à Paris, en juillet 1948, par l’Assemblée générale des Nations Unies, dont la France, et le troisième nous a été présenté comme l’âme de l’Europe. S’il va au bout de son actuelle démarche, d’un trait de plume, François Hollande souille la Constitution, bafoue le Conseil national de la résistance et fait un bras d’honneur à l’Europe.

Le Pen en a rêvé, Sarkozy en a parlé, Hollande va-t-il le faire ?

5-      Une division durable du camp de la gauche

Toutes celles et tous ceux qui sont attachés aux valeurs de la République de l’extrême gauche à la droite modérée, en passant par le centre vont être révoltés par cette manœuvre politicienne dont le seul objectif est de légitimer les thèses du Front national pour tenter de lui couper l’herbe sous les pieds et surtout espérer coiffer la droite sarkoziste sur le poteau de façon à ce que Hollande se retrouve seul face à Marine Le Pen, au second tour des futures élections présidentielles. Mais unir le FN, les sarkozistes et les hollandistes n’a rien à voir avec le rassemblement du peuple de France dans sa diversité. Effectivement, après avoir dégoûté toutes celles et ceux qui l’ont soutenu en 2012, il pourrait bien être tout seul en 2017 et ne même pas accéder au second tour. Il s’agit là de motivations minables pour une politique ignoble. On pensait que Sarkozy était indépassable dans le discrédit de sa fonction mais c’était compter sans Hollande !

Avec cette modification constitutionnelle, le gouvernement donne du grain à moudre aux prêcheurs de la haine dans les quartiers, terroristes et fascistes, qui veulent en commun casser le pacte national et exclure de la communauté française une partie de sa population. Ce n’est donc un texte ni d’autorité, puisqu’il ne sera, en l’état, pratiquement pas appliqué, ni égalitaire puisqu’il sanctionne en fonction de l’origine, ni de paix parce qu’il divise le pays et renforce les politiques de haine. Il casse l’une des valeurs cardinales de notre République. L’argument des sondages est lui aussi scandaleux. Face à l’horreur des crimes commis, toute mesure aggravant les sanctions trouve l’accord de l’opinion. On aurait proposé l’autorisation de la torture ou le rétablissement de la peine de mort, il y aurait sans doute eu une majorité dans les sondages pour l’approuver. Le rôle des politiques n’est certainement pas de faire la politique du pire parce que celle-ci mène inéluctablement à la pire des politiques. Il s’agit d’un incroyable coup de barre vers l’extrême droite, qu’on n’attendait pas de François Hollande et de son gouvernement.

Il ne faut pas que ce projet-là aboutisse. Il a déjà fait assez de dégâts, ne serait-ce qu’en ouvrant un débat qui était jusque-là l’ignoble privilège des spécialistes de l’exclusion. En le reprenant à leur compte, avec le poids institutionnel qui est le leur, le Président et son Premier ministre lui ont donné un début de légitimation.

Consultant Politique et médias